Carrefour : la data pour retrouver le bon sens commerçant

Juillet 2019 Retail

Juin 2018. Carrefour signe un accord stratégique avec Google pour accélérer sa transformation digitale. L’accord prévoit la création d’un Lab d’innovation autour d’équipes expertes dans l’intelligence artificielle et le machine learning. Sa vocation ? Faire parler la data pour proposer de nouvelles expériences consommateurs, garantir un univers d’achat toujours plus omnicanal et faire de Carrefour le leader du e-commerce alimentaire. Qu’en est-il un an après ? Entretien avec Édouard Mailfait, Chief Digital Officer, Global Digital Marketing & CRM Director, Groupe Carrefour, sur le chemin transformationnel engagé par le géant français de la grande distribution.

Carrefour Lab - Think Retail

Pourquoi un Lab Carrefour-Google ? Quels problèmes cherche-t-il à résoudre ? 

Édouard Mailfait : Notre vision est délibérément ancrée dans le concret. Nous partons des remontées du terrain, qu’elles viennent des collaborateurs ou des clients, et nous essayons de regarder si la data et l’IA peuvent nous permettre de résoudre ces problèmes. 

Avec la vitesse de la transformation actuelle, certains peuvent avoir perdu le bon sens commerçant. Nous faisons le pari que la data va nous permettre de retrouver progressivement ce bon sens commerçant. La data, c’est très concret. Et être concret, c’est aussi vouloir passer les innovations à l’échelle. Nous fixons des objectifs très clairs à nos collaborateurs de mener à bien les cas d’usage de A à Z, jusqu’à l’industrialisation. 

La data est le socle du projet, n’est-ce pas ? 

Édouard Mailfait : La data, c’est le socle. Le Lab, c’est l’outil dont nous nous sommes dotés pour valoriser cette data et la mettre au service de la transformation de l’entreprise et de nos métiers. Pour survivre, Carrefour doit devenir AI-first. Le Lab est un super outil pour faire en sorte que nos métiers et nos marchés s’orientent vers cette approche AI-first. 

La data est la colonne vertébrale de la transformation des métiers Carrefour.

Comment le Lab est-il structuré ?

Édouard Mailfait : Nous avons adopté une approche ouverte sur l’entreprise. La gouvernance y est très inclusive et imbriquée le mieux possible avec les fonctions métiers. Nous avons créé des équipes pluridisciplinaires, ou feature teams, avec un chef de groupe, un data engineer et un data scientist. Elles sont spécialisées en fonction des familles de métiers les plus core business pour Carrefour et avec lesquelles nous prévoyons d’entraîner la transformation (i.e. Produits ; Prix & Promotions ; Supply Chain ; Magasin ; Client ; E-commerce). Verticaliser ainsi l’approche permet d’améliorer la bande passante avec nos clients internes, de développer des expertises fonctionnelles pour travailler de mieux en mieux avec eux et de bien s’adapter au rythme des différentes fonctions clientes. 

Lab Carrefour-Google

Quel impact a le Lab sur la culture d’entreprise de Carrefour ? 

Édouard Mailfait : Notre enjeu en matière de culture est double. Maintenant que nous arrivons à bien agréger les forces vives de la data, nous souhaitons infuser cette culture de la data dans l’entreprise et faire en sorte que les gens qui ne travaillent pas sur les sujets directement liés à l’innovation aient envie de faire parler la data pour informer chaque prise de décision. C’est ça, pour moi, être data-driven. 

Deuxième enjeu : s’assurer que le reste de l’entreprise considère les projets en provenance du Lab comme une opportunité de changement (ex : comment faire en sorte qu’il n’y ait pas de rupture de rythme très en aval d’une démarche d’industrialisation ? Que les projets développés au Lab en 6 mois ne soient pas retardés en phase d’industrialisation ?). Si nous y arrivons, le Lab sera véritablement un vecteur de changement des méthodes de travail au sein de l’entreprise. 

Concrètement, tout employé Carrefour peut soumettre une idée au Lab ?

Édouard Mailfait : Oui, et nous faisons la promesse de répondre à tout le monde. Nous avons déjà reçu et qualifié 100 cas d’usage. On les regarde à l’aune de 4 critères : l’impact économique, la faisabilité technique, l’existence d’une gouvernance et la capacité de passer à l’échelle. L’alchimie est en train de se créer. Les gens jouent le jeu et soumettent des cas d’usages qui répondent à des problèmes coeurs. Souvent la data parvient à y répondre, ce qui est assez stimulant. D’ailleurs, la valeur générée sur les quelques cas d’usage, que nous avons priorisés, est supérieure à ce que nous avions anticipé en début de projet. 

Un dernier conseil ?

Édouard Mailfait : À tous les marketeurs et annonceurs, je conseille de se confronter à la data et d’en libérer toute la valeur. 

Panorama du e-commerce en France