McKinsey, VivaTech 2018 : quels besoins en compétences d’ici à 2030 ?

Au cours des 10 à 15 prochaines années, les nouvelles technologies vont transformer le tissu économique mondial et, plus directement, l’emploi. Pour rester dans la course et attirer de nouveaux talents, le cabinet d’études McKinsey encourage les entreprises à placer la formation continue et le développement de compétences au coeur de leur stratégie. Extraits choisis lors du Salon Viva Technologies le 24 mai 2018 à Paris.

« Nous sommes en train de vivre une révolution », reconnaît le Président de la République Emmanuel Macron dans son discours d’ouverture, avant de s’adresser à l’ensemble des acteurs de l’économie mondiale. « Vous disruptez l’éducation et ce, pour de bonnes raisons. Mais il n’est plus possible d’éduquer les personnes comme nous le faisions il y a 20 ou 30 ans. Nous devons les éduquer et les former tout au long de leur vie en réponse à cette disruption. Vous devez faire partie de l’aventure, vous engager et investir dans l’éducation. »

Déjà 70% des emplois avec une composante digitale

Investir dans l’éducation : oui, mais quels seront les besoins en compétences à l’horizon 2030 ? Et comment se préparer au changement ? Réponses dans le rapport The Future of Workplace du cabinet d’études McKinsey.

Dévoilé lors de Viva Technology 2018, le rapport passe au crible 25 compétences en Europe et aux États-Unis, et se concentre sur les secteurs de la banque et assurances, de l’énergie, de la santé, de la production et du retail.

« La première vague du changement, impulsée par le digital, est déjà là », note Éric Hazan, directeur associé senior chez McKinsey France. « Aujourd’hui, 70% des emplois ont une composante digitale », mais d’ici à 2030, au moins 45% des employés devront être formés totalement ou en partie pour répondre aux nouveaux besoins en compétences. »

Car une nouvelle vague s’annonce. Celle de l’automatisation avec un renouvellement des compétences plus soutenu qu’au cours des 15 dernières années. Selon McKinsey, la demande en compétences technologiques (i.e. digital, programmation, IT) grimperait de 55%, tandis que celle en compétences sociales et émotionnelles (i.e. leadership, management, entrepreneuriat) augmenterait de 24% et en compétences hautement cognitives (i.e. créativité, traitement d’informations complexes) de 8% d’ici à 2030. Sans surprise, la demande en compétences faiblement cognitives chuterait de 15% et en compétences physiques et manuelles de 14% sur la même période.

« Nous vivons dans l’ère de l’économie du savoir et de la connaissance, où le capital humain est le maître-mot et le ROI du capital humain est le plus important. » D’ailleurs, Éric Hazan invite à voir les opportunités de croissance. « Opérer le changement dans les 15 prochaines années nous permettrait de bénéficier d’une opportunité business d’un billion de dollars en Europe. »

Apprendre à apprendre

Si les entreprises ont pris conscience de l’enjeu, beaucoup s’interrogent sur la stratégie à adopter. Le rapport McKinsey invite à agir vite pour pallier l’inadéquation grandissante entre l’offre et la demande de compétences et éviter une guerre de talents. Il appelle toutes les parties prenantes (gouvernements, entreprises, éducateurs, juristes, associations, etc.) à collaborer pour faciliter la transition et bâtir l’avenir de l’emploi en Europe.

Concrètement, Éric Hazan suggère aux entreprises de repenser l’organisation et de faire preuve de flexibilité pour ajuster leur main-d’oeuvre à mesure que l’automatisation se développe. « Il faut se libérer des organisations trop hiérarchiques et pyramidales pour basculer vers une organisation par projet.  »

Autre conseil : retravailler le mix de compétences. « Avant nous avions des cols bleus et des cols blancs. Aujourd’hui, nous parlons de cols neufs, une alliance de compétences basiques et de compétences cognitives avancées. »

Enfin, pour mieux préparer ses équipes aux transitions technologiques, les organisations devront adopter une culture du savoir et considérer la formation continue comme un investissement stratégique. Conseil qui fait écho aux propos de Jonas Prising, Chairman and CEO de ManPowerGroup, lors d’un panel sur une scène de Viva Technology : « Avant une embauche, il faut pouvoir dire au candidat qu’à son départ de l’entreprise il pourra mieux se vendre en termes de compétences et qu’il lui sera plus facile de décrocher un poste à plus hautes responsabilités dans une autre entreprise. » Et de compléter : « Penser l’organisation, ses employés et toutes les personnes qui la rejoignent comme un système fermé est dépassé. C’est un marché ouvert, plus encore pour les compétences les plus recherchées sur le marché.  »

Jonas Prising en est persuadé, « la révolution digitale va transformer radicalement le monde de l’éducation dans les années à venir. » Au centre de cette révolution : la curiosité, la capacité à apprendre et le goût d’entreprendre. Chacun devra « apprendre à apprendre.  »

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